Le pouvoir local sous l’Ancien Régime est largement subordonné au contrôle de l’intendant dans le royaume de France depuis le début du XVIIème siècle. Celui-ci, nommé par le pouvoir royal, contrôle le pouvoir local, notamment en matière fiscale, et désigne bien souvent les autorités locales.
Maire : une fonction née de la Révolution Française (1789)
La Révolution Française amène un bouleversement profond dans l’organisation territoriale. La loi du 22 décembre 1789 prévoit la création dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne d’une municipalité entraînant la naissance de 44 000 communes. Chacune d’elle comprend un corps municipal, composé de 3 à 21 membres, élus au suffrage censitaire. Le conseil municipal se réunit tous les mois au besoin avec des notables, « conseil général » de la commune, ou avec la traditionnelle « assemblée générale des habitants ».
À Villiers-sur-Marne, les premiers maires furent un certain Chéret en 1789, puis Claude Trotin, cultivateur et aubergiste, en 1792-1793, qui fut de nouveau maire de 1800 à 1809. Villiers-sur-Marne a connu 34 maires depuis la Révolution.
Le Maire : du notable nommé par le Préfet (1800-1882) à l’élu du conseil municipal (1882-1939)
La loi du 26 février 1790 donne naissance aux départements. À la suite du coup d’État du 18 Brumaire de l’an VIII, le général Bonaparte devient Premier Consul et crée la fonction de Préfet en 1800. Ces derniers nomment désormais les maires, sauf pour certaines grandes villes où les maires sont directement nommés par le Premier Consul. L’arrêté du 2 Pluviôse de l’an IX définit le maire comme le « seul chargé de l’administration ».
Ces pouvoirs concernent les halles et marchés, la police, la gestion des chemins ruraux et la voirie communale, les écoles primaires, les logements des instituteurs, l’état civil ainsi que les bâtiments de culte (après le Concordat).
La Restauration supprime l’élection des membres du corps municipal qui prêtaient serment au maire. Leur élection est rétablie mais au suffrage censitaire sous la Monarchie de Juillet. De plus, les maires de Villiers-sur-Marne sont très largement des notables. La tendance se poursuit jusqu’au début de la Troisième République, malgré le fait que l’élection des maires ait été rétablie en 1871 à titre provisoire puis supprimée de nouveau en 1876 avant d’être rétablie en 1882.
Parmi ces notables, les militaires y sont bien représentés jusqu’en 1924. Ceux-ci sont tout particulièrement présents sous la Restauration et le début de la Monarchie de Juillet. Ayant servi sous l’Empire, on identifie notamment parmi eux Henri de Saint-Martin, ancien inspecteur de divisions militaires, ou encore François Lampinet de Navenne. Ce dernier, aristocrate émigré puis rallié à l’Empire en 1804, participe aux campagnes de 1807 et 1808. Réformé en 1821, il s’installe à Villiers-sur-Marne, route de Bry, et succède à Henri de Saint-Martin de 1825 à 1830.
Bien représentés dans l’arrondissement de Corbeil, d’anciens militaires de la Révolution et de l’Empire s’y établissent à partir de la Restauration et deviennent des notables locaux comme le montrent les cas du maréchal de Marmont, duc de Trévise, au château Lalande, ou d’Achille Delamarre, propriétaire du château du Désert et maire de Villiers-sur-Marne de 1830 à 1835. Achille Delamarre, ancien vétéran des guerres napoléoniennes aux côtés du maréchal Oudinot, poursuit sa carrière militaire jusqu’en 1830. Il vend le château du Désert au banquier Émile Louis Coulomb en 1835. Nommé sénateur à vie en 1853, il vote aux côtés de la majorité durant tout le Second Empire.
À l’inverse, les activités et professions artisanales sont peu représentées parmi les maires de Villiers et la durée de leurs mandats est brève. Pierre Barbot, menuisier, adjoint depuis 1840, prit ses fonctions de maire suite au décès de son prédécesseur et le resta seulement un an. Joseph Pierson, cordonnier, est quant à lui maire à titre provisoire à la suite de la Révolution de 1848 pour quelques mois.

Parmi les maires, on remarque la présence de deux juristes, dont Paul Eugène Remoiville de 1870 à 1876 puis de 1878 à 1881. Républicain, ce dernier, d’abord clerc d’huissier à Paris, fut président, en 1848, du club de l’Union des Clercs, fondé le 12 mars 1848. Installé à Villiers-sur-Marne en 1863, il en devient maire en 1870.
Confronté à la guerre de 1870, celui-ci se réfugie à Paris où il est membre d’une commission des réfugiés. Il effectue par la suite deux mandats de député de 1881 à 1889 en qualité de candidat républicain radical. Président de la gauche radicale en 1886, défenseur de la séparation de l’Église et de l’État, de l’école laïque, gratuite et obligatoire, son œuvre politique est marquée par la promotion de l’instruction publique.
Dans son testament, il lègue une somme de 40 000 francs à la commune. Cette somme servit notamment à la construction de la place Remoiville, sur laquelle donnait l’ancienne mairie, ainsi qu’à la construction d’un groupe scolaire, l’école du Centre, aujourd’hui l’école Jules Ferry.


Les maires de Villiers-sur-Marne sont de 1800 à 1924 principalement des cultivateurs et aubergistes, deux activités bien souvent complémentaires à Villiers-sur-Marne compte tenu de l’importance de la vigne. Parmi ces maires, on trouve des lignées de notables implantés localement avec, par exemple, Denis Guinegagne, maire de Villiers-sur-Marne de 1876 à 1878, père de Sulpice Guinegagne, maire de 1914 à 1918 en remplacement d’Émile Bernier parti au front.
Ce dernier est réélu en 1918 et sera maire jusqu’en 1924.
Compte tenu de l’inauguration de la gare en 1857 et de l’industrialisation du XIXème siècle, la population de Villiers-sur-Marne change progressivement. Ce changement de population se répercute sur les différentes activités des maires. De 1924 à 1945, sur un total de neuf maires, trois sont cheminots et deux autres sont respectivement agent du Gaz de France et monteur en bronze.

Des délégations spéciales à la Libération (1939-1945)
La déclaration de la guerre en 1939 entraîne la révocation de maires communistes, remplacés par des délégations spéciales. Ces révocations sont élargies à la suite de la défaite française de juin 1940 et de la mise en place du régime de Vichy à tout fonctionnaire suspecté d’hostilité envers le régime.
Dès novembre 1940, le régime de Vichy prévoit le remplacement des maires jugés comme tels par des présidents de délégations spéciales, favorables au régime de Vichy, désignés par les préfets. À Villiers-sur-Marne, le maire de l’époque Louis Marchal, ancien cheminot élu en 1936, démissionne le 18 janvier 1941 pour être remplacé par Philippe Lemercier, employé de banque, nommé par le préfet.
À la suite de la prise de la mairie par les FFI le 22 août 1944, une délégation spéciale provisoire est mise en place avec Christian Lavallée, directeur d’école, puis Marcel Liaudon.
Les élections municipales des 29 avril et 3 mai 1945 sont les premières où les femmes ont le droit de vote suite à l’ordonnance du GPRF (Gouvernement Provisoire de la République française) du 21 avril 1944. À Villiers-sur-Marne, André Rouy, ancien conseiller municipal destitué par Vichy, résistant et militant à la SFIO, est élu. Ce dernier, battu par Marcel Liaudon aux élections de 1947, est ensuite réélu sans discontinuer de 1953 à 1977.
La Mairie : histoire de lieux (1844-1922)
Jusqu’en 1844, les maires reçoivent chez eux. Aucun bâtiment propre n’est consacré à la mairie en tant que tel. Il en est de même pour l’école qui ne dispose pas de bâtiment propre.
La commune de Villiers-sur-Marne ne possède aucun local pour l’école et la mairie qui se tiennent dans une chambre louée.
Une telle opération implique des coûts importants pour la commune comme le révèle la demande d’aliénation d’une inscription de rente au capital de 5 780 francs que possédait la commune et dont le produit sera employé à l’acquisition du terrain. De plus, la commune s’engage à payer des dépenses exceptionnelles de 12 000 francs en six années pour subvenir à la dépense de construction nécessaire.
À l’échelle locale, la loi Guizot du 28 juin 1833 impose une législation qui définit l’obligation des communes en matière de locaux scolaires et fournit des modèles de plans.
La première mairie de Villiers-sur-Marne, inaugurée en 1844, sert à la fois d’école jusqu’en 1890 et de mairie jusqu’en 1922. À partir de cette date, le commissariat et la poste s’installent dans ces locaux jusqu’en 1999, date à laquelle l’actuel conservatoire Claude Debussy s’y installe.
L’actuelle mairie, construite sur l’ancien emplacement de la propriété du maréchal Neigre en 1873, est achetée en 1921 par la ville de Villiers-sur-Marne qui y installe la mairie.
Bibliographie et sources
- Annuaire Mairie
- Histoire des maires
- G. Blanc-Césan, Les maires du Val-de-Marne : de 1800 à nos jours, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l’Île-de-France, Paris, 1988.
- Chateauminois, Alexis, « Villiers et la vigne, de l’Antiquité à nos jours (pdf) ».
- Chateauminois, Alexis, « Le Petit Villérain : La Libération de Villiers-sur-Marne (pdf) ».
Article d’Alexis Chateauminois