Villiers engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes

Quatre enfants sur scène.

Il est encore tôt lorsque j’arrive au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Villiers-sur-Marne.

Jessica Sifflet (directrice des affaires sociale), m’accueille avec ce sourire calme et rassurant propre à celles et ceux qui, chaque jour, font face à la fragilité humaine.

« Je ne traite pas des dossiers, je rencontre des vies », glisse-t-elle. Le cadre est posé : ici, derrière chaque chiffre, il y a un visage, une histoire, souvent une douleur.

En 2025, 112 faits de violences conjugales ont été recensés dans notre ville sur les neuf premiers mois de l’année, contre 96 sur la même période en 2024. Une hausse de 16,7 %.

Des chiffres qui traduisent certes la peur, l’emprise, les silences forcés… Mais qui témoignent aussi d’une évolution : celle d’une parole qui se libère, de femmes, et parfois d’hommes, de plus en plus déterminés à demander de l’aide.

Des victimes aux profils variés

Certaines femmes viennent au CCAS simplement pour obtenir une adresse postale sécurisée. D’autres souhaitent refaire leurs papiers à l’abri du regard de leur conjoint. Et puis il y a les situations d’extrême urgence : trouver un hébergement immédiat, activer l’une des trois nuitées mises à disposition par la Ville, ou mettre en place un accompagnement psychologique indispensable.

« Partir ne suffit pas, il faut accompagner la reconstruction », rappelle Jessica Sifflet. Ici, chaque geste compte pour redonner confiance, stabilité et protection.

Parmi les victimes, il n’existe aucun profil type. Jeunes, personnes âgées, femmes, hommes… Personne n’est épargné. Mais trois mots reviennent presque systématiquement : emprise, peur, famille, surtout lorsque des enfants sont au cœur de la situation.

Un outil pour reconnaître la violence

Plusieurs exemplaires du violentomètre disposés en tas sur la table.

Pour aider à identifier les situations à risque, le CCAS met à disposition le violentomètre, un outil d’auto-évaluation simple et redoutablement efficace.

Présenté sous la forme d’une règle graduée de 23 questions, il permet de déterminer si une relation est :

  • Saine ;
  • Commence à devenir toxique ;
  • Ou relève déjà de la violence.

Les situations sont classées en trois zones :

  • Le vert : une relation respectueuse et équilibrée ;
  • Le jaune/orange : des comportements de contrôle, de dénigrement ou de manipulation ;
  • Le rouge : une violence installée et un danger réel.

Très utilisé lors des actions de prévention menées par la Ville, le violentomètre aide de nombreuses personnes à mettre des mots sur ce qu’elles vivent. Beaucoup réalisent, en répondant aux questions, que ce qu’elles prenaient pour de simples tensions ou des réactions « habituelles » relèvent en réalité de violences.

Pour certaines, c’est un véritable déclic : comprendre que la situation n’est pas normale, se reconnaître comme victime, et surtout, oser demander de l’aide.

La communication, premier point d’entrée

À L’ESCALE, les agents accueillent celles et ceux qui ont simplement besoin de parler, de déposer leurs inquiétudes ou leurs doutes. Cette première écoute permet ensuite d’orienter les personnes vers les bons interlocuteurs, notamment Pauline Duvernier, conseillère conjugale et familiale au Centre municipal de soins.

Nous sommes là pour ouvrir la bonne porte, résument-ils.

Une phrase qui traduit avec justesse l’esprit de ces structures d’accompagnement : écouter, orienter, protéger. Chaque échange, même bref, peut devenir la première étape d’un parcours de soutien et de reconstruction.

Villiers-sur-Marne mobilisée tout le mois de novembre

À l’ESCALE, l’exposition « Il était une fois » réunit photographies, dessins et créations d’enfants autour du thème de la résilience. Dans plusieurs équipements municipaux, les portraits de Marc Melki mettent en lumière le chemin de reconstruction des personnes confrontées à la violence. Une matinée d’échanges est consacrée aux professionnels afin de mieux comprendre, repérer et accompagner les victimes. Et au cinéma Le Casino, la soirée culturelle « L’Art de le Dire » mêle témoignages, créations et discussions pour sensibiliser autrement aux violences faites aux femmes et aux violences intrafamiliales.

Briser le silence, reconstruire l’avenir

Le CCAS, les associations locales, les élus et l’ensemble des services municipaux forment aujourd’hui un réseau solide, coordonné, capable d’agir rapidement et efficacement. Grâce à ce maillage humain, les victimes peuvent être orientées, protégées et accompagnées tout au long de leur reconstruction.

Les progrès sont réels, mais la vigilance demeure essentielle. Villiers-sur-Marne poursuit ainsi le renforcement de ses dispositifs, tout en soutenant chacune et chacun de ceux qui trouvent le courage de parler.

Parce que briser le silence, c’est déjà reprendre le pouvoir sur sa vie.